Le cinéma Autochtone du Canada fête ses 50 ans: rétrospective

16 avril 2019

Par Ariel Smith

Pendant très longtemps, les Canadiens ont utilisé le cinéma et la télévision pour en apprendre davantage sur le mode de vie des autochtones. Malheureusement, une grande partie des informations présentées sur ces plateformes a contribué à l’éclosion de notions racistes stigmatisant les Premières Nations, les Métis et les Inuits. En effet, depuis l’invention même du cinéma, les récits des peuples autochtones ont trop souvent été contés par des non-autochtones pour une audience non autochtone. Il en a résulté un étouffement historique de la voix authentique et une promotion de descriptions erronées, préjudiciables aux peuples et aux communautés autochtones. Le cinéma produit par les peuples autochtones défie ces stéréotypes et impose une forme significative de souveraineté narrative et d’autodétermination.

En cette Journée nationale du film canadien, au moment où nous effectuons la rétrospective d’un siècle de cinéma canadien, accordons-nous quelques instants pour célébrer les 50 ans du cinéma autochtone canadien à travers une revue les événements qui ont marqué cette période.

 

1968

Le cinéma autochtone voit naissance en 1968 au Canada dans le bureau montréalais de l’Office national du film. L’ONF a reconnu que les récits sur les peuples autochtones ont toujours été racontés du point de vue non autochtone. C’est pour répondre à ce déficit, que l’« Indian Film Crew » a été constituée afin de promouvoir les premiers films réalisés par des autochtones pour l’ONF ou ailleurs au Canada. Les membres de l’Indian Film Crew ont suivi une formation technique de cinq mois et fait leurs armes sur le tas travaillant par exemple sur l’ouvrage précusseur « The Ballad of Crowfoot ». Sorti en 1968 et souvent qualifié de premier vidéoclip réalisé au Canada, « The Ballad of Crowfoot » de Willie Dunn est le tout premier film réalisé par un autochtone pour l’ONF. Parmi les autres travaux réalisés par l’équipe de production indienne figurent « These Are My People » (1969), le premier film de l’ONF tourné par une équipe entièrement autochtone et « Vous êtes en terre indienne » (1969). « Vous êtes en terre indienne » a été réalisé par le cinéaste mohawk Michael Kanentakeron Mitchell, mais l’ONF a attribué la parternité de ce film à un cinéaste non autochtone jusqu’en 2017, date à laquelle le véritable cinéaste a été réhabilité.

 

1971

Alanis Obomsawin, l’une des cinéastes autochtones les plus prolitiques et les plus reconnus internationalement, a tourné son tout premier film, « Christmas at Moose Factory » en 1971, avec la participation de l’Office national du film du Canada. Obomsawin est arrivée au cinéma après avoir fait carrière dans le spectacle et le conte. En 1967, elle a été embauchée dans un premier temps par l’ONF comme consultante. La cinéaste canadienne a depuis réalisé plus de 50 documentaires, tous produits par l’ONF. Parmi les nombreuses distinctions d’Obomsawin, on peut citer le prix Pioneer de l’International Documentary Association, le prix Outstanding Achievement Award décerné à Toronto, le prix Clyde Gilmour de la Toronto Film Critics Association et le prix Albert-Tessier qui est une reconnaissance décernée pour sa contribution substantielle au cinéma québécois.

 

1991

Le collectif des réalisatrices inuits Arnait a été fondé au Nunavut en 1991 par Marie-Hélène Cousineau, Madeline Ivalu, Susan Avingaq, Carol Kunuk et Atuat Akkitirq. Arnait a produit le film « Le Jour avant le lendemain ». Réalisé par Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu. « Le Jour avant le lendemain » a été nominé à neuf reprises aux prix Génie, notamment dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure premier rôle féminin, meilleur premier rôle masculin, adaptation, direction artistique, costumes, son et chanson originale.

 

1993

L’œuvre la plus célèbre d’Alanis Obomsawin est sans doute « Kanehsatake : 270 ans de résistance », sortie en 1993. Le tournage de ce film a permis à Obomsawin de passer 78 jours derrière les lignes Kanien’kéhaka, à filmer la confrontation armée entre les manifestants, la police québécoise et l’armée canadienne lors de la crise tristement célèbre d’Oka de 1990. Diffusé dans le monde entier, ce documentaire a remporté des dizaines de récompenses dans des festivals internationaux. C’est le premier documentaire à remporter le prix du meilleur long métrage canadien au Festival international du film de Toronto. Jesse Wente, critique de cinéma et directeur du Bureau canadien des écrans autochtones, a qualifié « Kanehsatake : 270 ans de résistance » de « film majeur dans l’histoire du cinéma des Premiers Peuples ».

 

1999

Les créatifs autochtones au Canada ont hérité d’une nouvelle plateforme sans précédent avec le lancement du Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN) en 1999. Il s’agit du premier réseau au Canada dédié à la programmation autochtone. Il demeure le seul à ce jour. APTN est le principal radiodiffuseur de courts et de longs métrages réalisés par les cinéastes autochtones du Canada. Elle a également produit et diffusé des séries télévisées originales créées par des cinéastes autochtones à l’instar de Loretta Todd, Carol Geddes et Jules Koostachin.

 

2000

En 2000, Shirley Cheechoo a publié « Bearwalker », le premier long métrage dramatique réalisé par un autochtone au Canada. « Bearwalker » a fait ses débuts au Festival de Sundance en 2000. Shirley a fondé le Weengushk Film Institute (WFI) en 2002. Le WFI est un centre de formation à but non lucratif dédié aux métiers de la télévision et du cinéma. Situé sur l’île Manitoulin, sa mission est de libérer le potentiel créatif des jeunes autochtones à travers les arts médiatiques.

2000

Le festival imagineNATIVE Film + Media Arts a été lancé à Toronto en 2000. imagineNATIVE est devenu le plus grand diffuseur et le marché le plus important au monde pour les films et les médias autochtones internationaux. Le festival a servi de tremplin pour la carrière de quelques-uns des cinéastes autochtones les plus respectés au Canada. Sa programmation attire plus de vingt mille personnes chaque année.

 

2001,

En 2001, « Atanarjuat : The Fast Runner » du réalisateur Zacharias Kunuk, n’était que le deuxième long métrage dramatique jamais réalisé par un autochtone au Canada lors de sa sortie cette année-là. Il a remporté la prestigieuse Caméra d’Or au Festival de Cannes. Ce fut une étape importante non seulement pour le cinéma autochtone, mais aussi pour le Canada. Ce film a remporté six prix Génie en 2002, dont celui de meilleur film et meilleur réalisateur, et a été inclus dans la liste des 10 meilleurs films canadiens de tous les temps, établie par le groupe du Festival international du film de Toronto.

 

2004
Le National Screen Institute a lancé son programme New Voices, qui est un cours de formation adapté aux réalités culturelles et dans lequel les jeunes autochtones de 18 à 35 ans sont initiés à divers métiers créatifs et stimulants du cinéma, de la télévision et des médias numériques. Les autres programmes gérés par le NSI comprennent IndigiDocs et Features First. Loretta Todd, Marie Clements, Michelle Latimer, Michelle St John, Laura Milliken, Tasha Hubbard, Dennis Allen, Shane Belcourt et Lisa Jackson comptent parmi les anciens diplômés du NSI.

 

2006

« Le Journal de Knud Rasmussen » de Zacharias Kunuk a ouvert le Festival international du film de Toronto en 2006. C’est une première pour un film réalisé par un cinéaste autochtone. Cette perfprmance reste inégalée.

 

2012

2012 a vu la programmation de la sélection de films autochtones la plus importante jamais présentée au Bell Lightbox du TIFF à l’été 2012. Le Festival international du film de Toronto a hébergé la sélection First Peoples Cinema: 1500 Nations, One Tradition (Cinéma des premiers peuples : 1500 nations, une tradition), ainsi qu’une exposition intitulée « Home on Native Land ».

 

2013

L’édition 2013 du Film international de Toronto a abrité la première de « Rhymes for Young Ghouls » de Jeff Barnaby. « Empire of Dirt » de la productrice Jennifer Podemski et de l’écrivaine Shannon Masters et le documentaire « Salut Ho Mistahey! » d’Alanis Obomsawin. La projection lors du TIFF de trois longs métrages réalisés par des autochtones canadiens et sortis au cours d’une même année était un événement à saluer. Cet évènement a permis de révéler la croissance fulgurante de la communauté cinématographique autochtone au Canada, quand on sait que seuls trois longs métrages de production autochtone avaient été présentés lors des cinq éditions du TIFF cumulées de 2008 à 2013.

 

2014
« Ruse ou traité » d’Alanis Obomsawin fait ses débuts mondiaux au Festival international du film de Toronto de 2014. C’est la première œuvre d’un cinéaste autochtone à faire partie de la prestigieuse programmation « Masters Program » du Festival international du film de Toronto.

 

2016
Le documentaire Angry Inuk d’Alethea Arnaquq-Baril a été présenté au Festival Hot Docs 2016, où il a reçu le prix du public « Vimeo On Demand » et le prix de la promotion du documentaire canadien.

 

2018
En 2018, Darlene Naponse met en vedette la très expérimentée Tantoo Cardinal dans son film « Falls Around Her ». La carrière remarquable Cardinal au cinéma a traversé plus de quatre décennies. Dans « Falls Around Her », elle tient son premier rôle principal dans un long métrage.

2018
Le Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN), la Société Radio-Canada (CBC/SRC), la Société Radio-Canada, le Fonds des médias du Canada (FMC), Téléfilm Canada, l’Association canadienne des producteurs de médias (CMPA) et Office national du film du Canada (ONF) ont collaboré à la création d’un bureau en charge des productions autochtones au Canada. L’objectif de ce bureau est de mieux soutenir le productions autochtones au Canada. Il est inspiré des initiatives similaires en Australie et en Nouvelle-Zélande. Jesse Wente, programmateur, critique de cinéma et défenseur du cinéma autochtone, a été nommé directeur du bureau.

2018

« Sgaawaay K’uuna (Edge of theKnife) » de Gwaai Edenshaw et Helen Haig-Brown a été présenté en première au Festival international du film de Toronto 2018. Il s’agit du premier film entièrement tourné en langue haïda.


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